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Des enfants de moins de 10 ans travaillent toujours dans les mines d’or en République démocratique du Congo

Des vidéos et des photos envoyées à l’équipe des Observateurs de FRANCE 24 le 3 mars 2021 montrent des enfants travaillant dans des mines d’or à Kamituga, dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Même s’il est illégal, le travail des enfants est toujours une réalité, selon les organisations de défense des droits de l’homme.

Seaux et pelles en main, les enfants – dont certains n’ont pas encore 10 ans – lavent le contenu boueux remonté des mines pour tenter d’en extraire l’or. Ils ne disposent d’aucun équipement réel ni d’aucune forme de protection.

À la mi-février, Idi Kyalondwana, qui travaille pour une coopérative minière spécialisée dans le concassage de roches, s’est rendu dans les mines de Kamituga, dans la province du Sud-Kivu, où de nombreux habitants vivent de l’exploitation minière à petite échelle ou artisanale. Il est revenu avec des images et des photos documentant les nombreux enfants au travail dans ces exploitations.

« Certains descendent même dans des puits de plusieurs centaines de mètres de profondeur ».

Ici, certains enfants travaillent dans les mines tous les jours, plusieurs heures d’affilée. Certains descendent même dans des puits de plusieurs centaines de mètres de profondeur et des tunnels pour chercher de l’or, sans aucune mesure de sécurité. C’est incroyablement dangereux. Il y a souvent des effondrements.

D’autres sont exposés à des substances toxiques comme le mercure, qui est utilisé pour nettoyer le minerai. Ils doivent également porter de lourdes charges. La plupart de ces enfants sont en âge d’être scolarisés, mais ils ne vont pas à l’école, même si le président, Felix Tshisekedi, a déclaré que l’enseignement primaire devait être gratuit pour tous les enfants.

Le taux de chômage est élevé au Sud-Kivu [il n’existe pas de statistiques officielles fiables. Cependant, une radio locale a rapporté que le taux de chômage était de 80%]. Les parents n’ont pas les moyens de s’occuper de leurs enfants, alors ceux-ci doivent aller travailler dans les mines où ils gagnent de l’argent en vendant des grammes d’or à des négociants.

Cela se passe ainsi, bien que le travail des enfants soit interdit par la loi. Mais les autorités locales et la police des mines ne font rien pour mettre fin à cette pratique.

Le Sud-Kivu regorge de gisements d’or, dont la plupart sont contrôlés par la Société minière du Kivu (SOMINKI) et la société canadienne Banro Corporation à travers quatre succursales, dont Kamituga Mining, qui possède la principale concession minière de la ville. Cependant, les activités de Banro Corporation dans la province sont suspendues depuis septembre 2019 en raison de la présence de milices rebelles.

« La pauvreté reste la principale cause »

Cependant, selon Raoul Kitungano, directeur de l’ONG « Justice pour tous », qui lutte contre le travail des enfants dans les mines du Sud-Kivu, la population locale continue de pratiquer une exploitation minière artisanale à petite échelle sur une partie du site minier concédé à cette multinationale.

La population locale pratiquait l’exploitation minière bien avant l’arrivée de Banro Corporation. Afin de maintenir la paix, la multinationale canadienne a continué à permettre aux mineurs locaux d’avoir accès au gisement.

La plupart de la population locale a abandonné l’agriculture pour l’exploitation minière, car elle est attirée par les rendements rapides. Le taux d’abandon scolaire dans cette région est très élevé [bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles le confirmant]. Même si le gouvernement a déclaré que tous les enfants devaient avoir accès à l’enseignement primaire gratuit, le programme n’est pas appliqué dans tout le pays.

Les enfants prennent des risques immenses car cinquante personnes sont mortes dans un effondrement dans cette même mine en septembre 2020. Nous n’avons pas de statistiques précises sur le nombre d’enfants qui travaillent actuellement dans les mines du Sud-Kivu.

Quant aux ONG qui travaillent pour mettre fin au travail des enfants, leurs ressources sont limitées. Elles essaient de parler aux parents et aux enfants pour tenter de les convaincre que le travail dans les mines n’est pas la bonne solution. Mais il faut en faire plus. Des emplois doivent être créés et des alternatives doivent être mises en place afin de sortir les enfants des mines.

Dans une interview publiée en mars par la publication spécialisée congolaise Mining & Business, Venant Burume, le ministre des mines du Sud-Kivu, concédait que « dans des territoires comme Shabunda, Mwenga, plus de 80% de la population travaille dans l’exploitation minière artisanale. Avec la crise du chômage à Kalehe également, la plupart de nos jeunes se tournent aussi vers l’exploitation minière artisanale. »

Mettre fin au travail des enfants d’ici 2025

Environ 40 000 enfants travaillent dans des conditions inhumaines dans l’exploitation artisanale du cobalt uniquement en RDC, selon un rapport de 2016 d’Amnesty International et de l’ONG congolaise Afrewatch.

Sous pression, le gouvernement a publié un document stratégique en octobre 2017, fixant son objectif d' »éradiquer le travail des enfants dans les mines d’ici 2025″.

S’inspirant des lois de protection de l’enfance qui condamnent les pires formes de travail des enfants, l’article 299 b du code minier, qui a été révisé en 2018, interdit « l’exploitation minière et la vente de produits miniers à partir de sites où les lois protégeant les droits de l’homme et les droits des femmes et des enfants » sont violées. L’amende est de 10 000 dollars par jour jusqu’à ce que la violation ait cessé. Cependant, selon Kitungano, « ces textes ne sont pas respectés. Et il n’y a pas eu de réels progrès ».

Kitungano a toutefois constaté des progrès en ce qui concerne le secteur de l’exploitation du cobalt.

« Grâce à l’activisme des ONG sur la scène internationale, il y a maintenant moins d’enfants qui travaillent dans les mines de cobalt », a déclaré Kitungano. « Le cobalt est un matériau stratégique et vital pour les smartphones et les batteries lithium-ion. La RDC en est le plus grand producteur au monde. Mais le travail des enfants reste un fléau dans d’autres industries minières. »

En 2019, International Rights Advocates, une organisation de défense des droits de l’homme, a déposé une plainte contre les géants de la technologie Apple, Microsoft, Google, Dell et Tesla, les accusant de profiter du travail des enfants dans les mines de cobalt en RDC en toute conscience.

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Source
The Observers

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