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L’euro numérique qui arrive va signer la fin de la vie privée et de l’argent liquide

Bonjour,

Nous parlons aujourd’hui de la future création de l’euro numérique qui signe la fin de la vie privée et l’obsolescence de la monnaie fiduciaire. La BCE (Banque Centrale Européenne) affirme travailler sur un euro numérique qui « garantirait que les habitants de la zone euro puissent bénéficier d’un moyen de paiement gratuit, simple, universellement accepté, sans risque et inspirant confiance. »

Tout d’abord, résumons très brièvement l’histoire de l’économie et de la monnaie fiduciaire, composée de pièces et de billets, qui est apparue autour du VIIe siècle avant J.C. Les pièces métalliques étaient grossières au départ avant de devenir de plus en plus gradées, précises. Les billets sont apparus en Chine au Xe siècle de notre ère. La monnaie sert d’intermédiaire pour effectuer des échanges, d’unité de valeur et d’instrument de réserve. On distingue à notre époque la monnaie divisionnaire composée de pièces, de la monnaie fiduciaire constituée de billets et de la monnaie scripturale désignant les transferts d’un compte bancaire à un autre. La monnaie repose essentiellement sur la confiance qu’on lui accorde et sa stabilité dans le temps. Les États possèdent le monopole des monnaies et ne peuvent pas déposer le bilan contrairement aux entreprises. Par conséquent, les devises utilisées sur leurs territoires nationaux procurent un sentiment de sécurité.

L’apparition d’Internet, aux alentours de 1999, a révolutionné la civilisation dans son ensemble. La création de l’Euro, en 2002, a engendré l’apparition de la monnaie unique européenne. La numérisation de la société, à partir de l’an 2000, a contribué à faire reculer, davantage chaque année, la vie privée et signe potentiellement la fin de l’anonymat. Une partie de la population estime qu’elle n’a rien à cacher. Or, c’est faux. En effet, les secrets médical et bancaire (aujourd’hui remplacé par le secret professionnel) protègent les citoyens contre le risque de révélations d’informations critiques. Les données sensibles sont au cœur du RGPD, Règlement Général sur la Protection des Données, qui a été créé par la CNIL, Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés. Demandez à un passant de vous donner le solde de son compte bancaire, le montant de ses prêts immobiliers ou encore l’état de sa santé. Sa réponse sera toujours la même : « ceci ne vous regarde pas ». Par conséquent, il est fallacieux d’affirmer que nous n’avons rien à cacher.

Au moment de la crise de 2008, un certain Satoshi Nakamoto a publié, le 31 octobre 2008, un livre blanc intitulé « Bitcoin : un système de paiement électronique pair-à-pair ». Cette nouvelle monnaie numérique a tout d’abord été ignorée. La caractéristique la plus importante du bitcoin, et ce qui le distingue de la monnaie traditionnelle, est qu’il est décentralisé. Aucune institution ou banque ne contrôle le réseau bitcoin. La numérisation de la civilisation, provoquée par la crise de 2008, a donné de plus en plus d’importance à la cryptomonnaie. Ce que l’on peut retenir de la crise de 2008, c’est que les banques centrales ont augmenté la quantité de monnaie en circulation et racheté les titres pour débloquer les marchés de crédit. Elles se sont substituées aux banques pour financer l’économie. Enfin, le marché du travail s’est dégradé suite à une perte d’activité et la dette publique s’est accrue de 57 %. En tout état de cause, cette crise a accentué la numérisation au prétexte d’éviter les prochaines faillites bancaires.

Il est également important d’aborder le phénomène libertaire qui est à la base du mouvement hacker. La crise mondiale de 1968 a donné naissance aux entreprises spécialisées dans l’informatique. Les libertariens du numérique sont à l’origine de la création de cet engouement pour les nouvelles technologies. Un ingénieur du MIT, Richard Matthew Stallman, a créé le projet GNU pour soutenir le logiciel libre. Il explique depuis 1983 que le code source d’un logiciel doit être partagé pour que chacun puisse l’améliorer selon ses propres besoins. Hélas, les futures entreprises ont fait le choix de dissimuler le code informatique de leurs applications. Ainsi, aujourd’hui, les GAFAM développent des applications dont le code source est gardé secret. Par conséquent, le grand public ne peut pas analyser le fonctionnement d’un logiciel propriétaire à partir de ses sources. La rétention du savoir au nom du profit est regrettable.

Le même phénomène est à craindre pour la cryptomonnaie. Le code source du Bitcoin, qui était libre au départ, est réutilisé et continuellement amélioré à des fins industrielles. Le documentaire d’Arte « le mystère Satoshi : enquête sur l’inventeur du bitcoin » confirme d’ailleurs cette hypothèse. En ce qui concerne l’Europe, les institutions européennes vont créer un euro numérique qui, au lieu d’être décentralisé comme les blockchains, pourrait être centralisé par la BCE sous le nom de TIPS, Target Instant Payment Settlement. Voici un schéma de son architecture logicielle.

Le système est suffisamment robuste pour garantir la confidentialité (accès restreint selon les droits de l’utilisateur), préserver l’intégrité (les données sont fiables) et assurer la disponibilité (le système est utilisable à tout moment) du système. La confiance accordée envers cette monnaie numérique n’est pas conciliable avec la préservation de la vie privée. En effet, les transactions sont tracées et l’on peut remonter à la fois au débiteur et au créditeur, aux personnes qui ont effectué les transactions.

La quatrième révolution industrielle sera forcément précédée de graves troubles puisque les fondements de l’économie traditionnelle sont sapés, comme je l’ai expliqué dans les précédents articles. Chaque changement de paradigme entraîne de grandes crises, mais, on peut également affirmer que les grandes crises entraînent un changement de paradigme. Dans tous les cas, la numérisation de la civilisation annonce, à plus ou moins long terme, la disparition de la monnaie fiduciaire. Toutefois, l’abrogation de l’argent liquide ne peut être imposée qu’en cas d’événements graves, puisque ceux-ci serviraient de prétexte aux États pour renforcer leur domination sur les populations. Par exemple, en cas de conflits civils, les États pourraient imposer le portefeuille numérique au motif que le contrôle des transactions est prioritaire sur les libertés individuelles.

L’identité numérique est un projet politique de la commission européenne qui vise à fournir un moyen d’identification et de partage de documents à l’aide d’un smartphone. Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive pour une Europe adaptée à l’ère du numérique, a déclaré :

« L’identité numérique européenne nous permettra d’agir dans n’importe quel État membre comme nous le ferions chez nous, sans frais supplémentaires et plus facilement, que ce soit pour louer un appartement ou pour ouvrir un compte bancaire en dehors de notre pays d’origine. Et ce, en toute sécurité et transparence. Ce sera donc à nous de décider quelles informations personnelles nous souhaitons partager, avec qui et à quelle fin. Nous aurons ainsi une occasion unique d’approfondir ce que cela signifie de vivre en Europe et d’être européen. »

Le passe vaccinal et l’espace santé sont les précurseurs de l’identité numérique. Ces produits finiront naturellement par s’uniformiser dans une seule et même application dite « sécurisée ». Confier des données sensibles à un seul logiciel signifie mettre fin à l’asymétrie d’informations, remettre notamment en cause le secret médical puisque les agents économiques peuvent accéder à l’ensemble de nos données personnelles (médicales, financières, politiques, etc.). En théorie, il est possible de configurer différents types d’accès pour restreindre la diffusion de ces informations, c’est le principe de la confidentialité. Hélas, les administrateurs habilités de ce système d’information possèdent les droits pour visualiser et parfois même modifier ces données. Dans ces conditions, qui peut affirmer que le principe d’intégrité ne serait pas bafoué ? Par exemple, un commanditaire pourrait demander à un technicien de modifier le portefeuille numérique d’un citoyen « gênant ». D’autre part, le piratage informatique est un facteur de risque considérable puisque de nouvelles techniques d’ingénierie sociale permettront de dérober les données sensibles.

Enfin, l’identification et l’authentification sont couplées à la journalisation afin de connaître le détail des actions que l’utilisateur a réalisées. Pour être plus clair, une personne renseigne son identifiant auprès d’un système (identification), elle s’authentifie (authentification par mot de passe, objet en sa possession ou biométrie) et accède à ses données tandis que toutes ses actions sont stockées sur un serveur distant ou un Cloud privé (journalisation). Pour résumer, chaque citoyen européen possédera, tôt ou tard, un identifiant unique. Cette technologie permettra de tracer l’ensemble de nos transactions puisque celles-ci sont stockées dans les bases de données du Big Data. Une application d’intelligence artificielle pourrait même retracer toutes les transactions que nous avons effectuées depuis la mise en œuvre du système. Cette technologie est comparable au crédit social à la chinoise puisqu’elle annonce la fin de la vie privée et de l’anonymat.

Les institutions politiques pourraient imaginer différentes utilisations de cette identité numérique. Chaque citoyen serait soumis à la notation de ses semblables, ainsi chacun attribuerait une note à son voisin selon son attitude. Chaque individu pourrait dénoncer un comportement qu’il jugerait inapproprié. Des équipes seraient employées pour gérer ces signalements. Des applications d’intelligence artificielle faciliteraient la prise de décision des administrateurs. Par exemple, un écran de contrôle classerait automatiquement les signalements par lot afin que les techniciens puissent intervenir rapidement. Des mécanismes de blocage interdiraient même aux citoyens en infraction de réaliser des transactions financières pendant un certain laps de temps. Selon la durée de la sanction, ces personnes seraient condamnées à la famine ou au suicide. Les nouvelles prisons à ciel ouvert seraient plus redoutables que les anciennes.

Dans un futur plus lointain, les dirigeants pourraient même imaginer un système d’anticipation des crimes basé sur une interprétation des données analysées. Cette justice expéditive entraînerait d’incommensurables erreurs. Le système judiciaire de notre époque et ses différents codes juridiques semblent quasi parfaits au vu de cette horreur.

Pour éviter à nos enfants de subir cet enfer numérique, nous devons dès aujourd’hui préserver l’intégrité des institutions, conserver l’économie traditionnelle et lutter contre la numérisation galopante. Nous étudierons dans un prochain article les quelques moyens de résistance qui restent à notre disposition. Le progrès est un loup pour l’homme.

Stéphane Gihemka

Le 11 janvier 2022

Fichier PDF : https://gihemka.files.wordpress.com/2022/01/euro_numerique_fin_de_la_vie_privee_et_obsolescence_de_la_monnaie_fiduciaire_v02.pdf

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